Pina, un film de Wim Wenders - Critique

Pina Bausch est brutalement décédée il y a maintenant presque deux ans. Depuis vingt ans elle avait prévu de collaborer avec son ami le réalisateur Wim Wenders pour le tournage d'un film sur son travail et sa compagnie, le Tanztheater Wuppertal. Si Wim Wenders avait d'abord envisagé d'abandonner le projet, le tournage a finalement eu lieu, faisant de Pina le premier film européen en 3D et surtout presque l'unique témoignage vidéo du travail de la chorégraphe allemande. Ne voulant pas que son travail soit filmé comme on le ferait avec les moyens habituels, elle voulait, à travers ce film, trouver une manière innovante et intelligente de capter ses chorégraphies. La 3D apparut à Wenders comme le moyen idéal pour retranscrire le travail de Pina Bausch à l'écran, car cette technique permet de reproduire une vision réelle, et rompt ainsi le "mur" qui s'installe entre écran et spectateur dans une salle de cinéma. Si au départ le projet avait été de suivre la troupe en tournée à travers le monde pour placer le film sous le signe de la rencontre et de l'inspiration instantanée, il est devenu évident pour le réalisateur allemand qu'il fallait rester dans Wuppertal et ses environs. Le maire de la ville se plaît à dire que "Pina Bausch a changé Wuppertal autant que Wuppertal l'a changée" (article A Wuppertal, chez Pina Bausch paru dans Télérama). Les endroits où a eu lieu le tournage sont donc des lieus qu'elle avait l'habitude de fréquenter, qui étaient proches de son domicile.
Cet hommage s'ouvre et se clôt par le cortège des danseurs de la troupe, passant de la scène à un grand espace ouvert. On voit pendant les 2 heures du film des extraits de ses spectacles qui sont entrecoupés de témoignages, en voix-off et en gros plans sur l'artiste que l'on entend, et de séquences où l'on peut voir Pina Bausch. Loin d'être macabre, ce mélange permet de montrer l'actualité dont fait preuve l'oeuvre de la chorégraphe. Cette oeuvre qui subsiste à travers ses danseurs (on estime à 450 le nombre de danseurs qui ont fait partie du Tanztheater depuis 1973), à tel point que certains en viennent à se demander si Pina Bausch est devenue une part de chacun d'eux ou si chacun d'entre eux était une partie d'elle.
Le travail de Pina Bausch est poignant de vérité sur les hommes. Celle qui a passé son enfance à observer les clients du café de ses parents aura acquis un oeil expert et su inventer un langage du corps, ou au moins le décrypter. Dans une troupe éclectique, elle aura su magnifier les qualités de chacun.