Répétition générale du Miami City Ballet

Hier soir, j'ai eu l'opportunité d'assister à la répétition générale de quelques unes des pièces qui seront proposées au public à partir de ce soir au théâtre du Châtelet par le Miami City Ballet. Au programme, 3 oeuvres de Balanchine : le Ballet Imperial, une Tarantella, et pour finir une Valse. Présenté comme tel, on ne retrouvera ce programme aucun soir, ces pièces étant associées à d'autres pour le reste des représentations. Au début déçu d'une soirée consacrée à Balanchine (j'aurais préféré un programme un peu plus varié), ces trois pièces très complémentaires et très différentes les unes des autres allaient finalement assez bien ensemble, donnant une vision globale et intéressante des différentes facettes du travail de Balanchine.
Ballet Imperial
J'ai plutôt aimé cette première pièce. C'est la plus académique des trois. Elle est à la fois très solennelle et élégante, d'une beauté froide. Les quelques fioritures évoquant un côté plus exubérant et "bling-bling", les diadèmes portés par les danseuses et les paillettes des danseurs, n'étaient d'ailleurs que peu convaincants.

La musique de Tchaikovsky, bien qu'en phase avec l'esprit du ballet, n'avait rien d'enthousiasmant, et j'avoue m'être un peu ennuyé par moments. En revanche, en contre-partie, certains moments beaucoup plus inspirés m'ont eux beaucoup convaincus. Je pense en particulier aux pas de deux, interprétés avec un brio systématique par les danseurs principaux. Certains passages bien rythmés, qui tranchaient avec d'autres passages plus fades, ressortaient particulièrement bien et réussissaient à saisir l'attention du public.
Au final, c'est une impression très positive qui ressort de ce ballet construit de manière intéressante qui compte plusieurs moments de grâce au profit de quelques autres tentatives plus laborieuses.
Tarantella
D'une durée de 7 minutes, cette tarantelle expresse et très rythmée était particulièrement inattendue et surprenante. Flottant entre le premier et le second degré, elle met en scène un pirate et un personnage non-identifié portant un chapeau extrêmement bizarre rappelant vaguement celui porté par les diplômés des universités américaines.

On ne comprend pas l'usage pléthorique de tambourins, pas plus que les costumes. On n'a d'ailleurs pas vraiment le temps de se poser la question puisque les 7 minutes passent vite. On garde juste un souvenir plutôt sympathique de cette pièce décalée une nouvelle fois interprétée avec beaucoup de talent par les 2 danseurs du Miami City Ballet.
La Valse
Sans doute la pièce de cette soirée qui m'a le plus plu. Peut-être à cause de la magnifique musique composée par Ravel. Sans doute aussi à cause des magnifiques costumes portés par les interprètes (en particulier le tutu des danseuses, sombres et colorés, changeants, extrêmement élégants). En tout cas, dès les premières secondes, on est pris par cette ambiance mystérieuse, sombre et intrigante que les danseurs parviennent à maintenir jusqu'à la tombée du rideau.
Construite avec intelligence, j'ai aimé l'existence de phases bien distinctes s'enchainant parfaitement les unes avec les autres, faisant écho à la dimension narrative de l'oeuvre. Cette dimension narrative est d'ailleurs peut-être la seule chose à regretter. Son manque de subtilité aboutit dans la troisième partie à un symbolisme fumeux et excessif, qui casse un peu l'ambiance tout en retenue, implicite, qui fait le mystère du ballet. Mais peu importe, une fois le rideau tombé, on oublie vite les quelques désagréments pour en garder un souvenir excellent.

Au final, j'ai donc beaucoup apprécié cette soirée. J'en déplore simplement la brièveté : l'entracte et la pause de 20 minutes et 15 minutes comprises, il n'y a au final qu'une bonne heure et quart de danse. Le programme tel qu'hier soir ne sera représenté à aucun moment, on espère donc que les spectateurs qui achèteront leurs billets auront droit à une prestation un peu plus longue. A défaut, ils auront au moins l'occasion d'assister à un spectacle de grande qualité.